Le tourbillon « #tousenterrasse », qui s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux après les terribles attentats du 13 novembre, laisse place, peu à peu, au besoin de réflexion. Face à l’indicible, l’irrépressible besoin d’être debout ensemble a généré ce réflexe d’humanité face aux semeurs de mort. De là à enfermer toute une jeunesse dans une « génération Bataclan » qui inventerait une « nouvelle résistance », il y a un pas allègrement franchi par le prêt-à-penser. Cette vision angélique de la résistance au terrorisme, qui sert l’exaltation de l’unanimisme, est portée aux nues jusqu’à la caricature.
Les jeunes sont les premiers à savoir que pour rester debout, il ne va pas seulement falloir s’asseoir en terrasse.
Voilà qui explique par exemple le soutien immédiat des internautes à la Lettre à ma génération : moi, je n’irai pas qu’en terrasse. Posté sur la Toile, ce texte d’une jeune femme qui pointe « la blessure de notre crise identitaire », les manquements à la démocratie, les déserts de services publics ou les responsabilités dans le chaos du MoyenOrient, a recueilli un million de vues ! Un record qui en dit long sur le besoin de ne pas se contenter des réponses sécuritaires qui brident la citoyenneté et masquent les vraies questions.
Dans des moments si sombres, difficile d’empêcher la parole. Quand l’état d’urgence ferme une porte à son expression, elle trouve d’autres canaux. Les mouvements de la société civile n’ont pas renoncé, dimanche, à faire entendre leur exigence d’un monde de paix au sein de la COP21, malgré l’interdiction de la marche pour le climat. Ils vont poser leurs chaussures sur les trottoirs, organiser mille marches de quelques personnes, tenir une myriade de rassemblements et débats, au coin des rues, dans des salles de quartier, en famille. Et même au bistrot.
Édito de Paule Masson dans l’humanité de ce jour