Je reproduis bien volontiers le texte de Michel Lepinay…
Publié le 06 juillet 2015
L’histoire repêche Hollande ! Après six mois d’échec patent à donner un nouveau souffle à l’Europe en trouvant une issue convenable à la crise grecque, il bénéficie d’une seconde chance. Avec le non au référendum grec, il se retrouve propulsé en première ligne d’une crise qui semble de plus en plus insoluble.

Dès l’annonce des premières estimations, l’Elysée à informé qu’Angela Merkel viendrait dîner à l’Elysée ce lundi soir. Il était temps ! Non pas que la chancelière vienne à Paris, mais que le couple franco-allemand fasse mine de reprendre en main le dossier.

Depuis le début de la crise, dont le règlement a été délibérément et obstinément confié aux techniciens de la finance, ils ont été aux abonnés absents. Et c’est évidemment la première raison de l’échec, jusqu’ici, des négociations. Refuser aux grecs un traitement politique du dossier, après l’élection de Syriza à la tête du pays, était au moins maladroit, sinon humiliant. Comment imaginer qu’un premier ministre aussi politique que Tsipras allait accepter de laisser traiter son pays comme un simple débiteur par des techniciens de la finance ? Fallait-il ne pas avoir écouté ses discours de campagne, ne pas avoir lu son programme électoral, pour imaginer qu’il allait avaler sans broncher un énième plan d’austérité concocté par Madame Lagarde et les techniciens du FMI et de la Commission.

Mais pouvaient-ils faire autrement? Pour la première fois, pendant cette crise, Angela Merkel a semblé ne pas avoir la main chez elle. Pas du tout certaine de pouvoir imposer au Bundestag, et à son électorat, un nouveau plan d’aide à la Grèce, elle misait sur un accord technique, gagé sur une nouvelle chape d’austérité, qui aurait mis en quelque sorte les Allemands devant le fait accompli. Elle aurait ainsi évité à la fois de paraître laxiste chez elle en aidant encore les Grecs, et le risque de devenir celle qui initie la déconstruction de cette Union Européenne que ses prédécesseurs ont patiemment édifiée. Du coup, Hollande, privé du soutien de son alliée, n’avait plus qu’une alternative : partir seul au combat pour défendre un compromis avec la Grèce contre l’intransigeance allemande, au risque d’être le dynamiteur de l’axe franco-allemand, où partir à la pêche, en laissant les rênes du dossier à… Lagarde et Moscovici. Il a choisi la seconde solution.

Au lendemain du 5 juillet, tout est changé. Tsipras a gagné son pari, il est plus soutenu que jamais par son électorat. Pour éviter tout malentendu sur ses intentions, et ne pas paraître arrogant, il a décidé, sitôt l’annonce de sa victoire, de faire partir le ministre des finances qui était présenté par les créanciers de la Grèce comme une obstacle aux discussions. Il n’y a donc aucune ambiguité, et c’est ce qu’il a dû confirmer à Hollande qu’il a aussitôt appelé au téléphone: il est prêt à reprendre les négociations sur la dette grecque pour que son pays reste dans la zone euro.

Pour l’instant le message semble avoir été entendu. Le couple franco-allemand, qui se retrouve ce lundi soir à Paris, a d’ores et déjà convoqué un sommet des pays de la zone euro. La suite du processus sera donc décidée, côté européen, par les chefs d’Etat, pas par les ministres des finances ni a fortiori les techniciens du FMI ou de la BCE. C’est un premier succès pour Tsipras : le dossier de la dette grecque est redevenu politique. Mais ce n’est qu’un premier pas. Et la suite s’annonce bien difficile.

A ne pas vouloir assumer leurs responsabilités plus tôt, Hollande et Merkel reprennent en main un dossier devenu quasi-inextricable. Les crises européennes, comme les rages de dents, s’accommodent mal d’un traitement par le mépris. Tout est encore plus compliqué qu’il y a six mois, lorsqu’ils ont décidé de ne pas s’en occuper. S’ils veulent éviter le Grexit, la sortie de l’euro pour la Grèce, et donc le rôle de fossoyeur, sans provoquer d’explosion d’une zone euro qui a souvent l’allure d’une union des égoïsmes… il vont devoir faire preuve d’imagination.

Pour faire positif, on dira que c’est une chance. Une occasion de sortir par le haut en débouchant sur une union plus étroite. Qui devra se faire plus démocratique, c’est à dire offrir d’autres solutions de prise en compte des aspirations des peuples que le référendum-plébiscite. Sur une gouvernance économique commune, une gestion à long terme de la dette des uns et des autres, une convergence des fiscalités, une ambition partagée de relance économique à l’échelle de l’Europe. Une union où rigueur financière ne rime pas avec paupérisation des plus fragiles…

Beau défi pour une session de rattrapage !