imageLe ministre des Transports était à Marseille, lundi soir. Incapable d’apporter réponse aux demandes fondamentales des salariés de la compagnie maritime, il n’a pas convaincu. La grève continue.
Même s’il s’est finalement déplacé à Marseille pour une discussion marathon lundi soir, alors qu’une simple visioconférence était prévue, le secrétaire d’État aux Transports Frédéric Cuvillier est loin d’avoir convaincu les salariés de la SNCM, qui ont voté hier en assemblée générale la poursuite de leur grève entamée depuis une semaine.

Après avoir constaté « la situation préoccupante de l’entreprise », Frédéric Cuvillier a nommé un négociateur dans le conflit, Gilles Bélier, vice-président du Conseil d’orientation pour l’emploi, mais aussi un délégué interministériel chargé d’établir un plan stratégique de soutien aux compagnies de transport maritime françaises. Il s’agit de l’ancien président de la SNCF et d’EADS, Louis Gallois.

« Aucun des points de conflit 
n’a été réglé »

Pour le reste, le secrétaire d’État a botté en touche, ne répondant avec précision à aucune demande des six syndicats de la compagnie maritime en grève. Pour la commande de nouveaux navires fonctionnant au GPL qui a permis à la SNCM de remporter la délégation de service public de l’Office des transports de la Corse (OTC), Frédéric Cuvillier a simplement indiqué que « le financement du renouvellement de la flotte doit être équilibré ». Le même Frédéric Cuvillier avait pourtant écrit le 31 mars que l’autorisation donnée à la lettre de commande aux chantiers STX de Saint-Nazaire de quatre navires, dont deux fermes, était « une concrétisation supplémentaire des engagements qui doivent être tenus ».

Le décret-loi pays d’accueil sur l’emploi de marins détachés sur les lignes nationales, qui doit permettre l’application pour tous du droit social français, promis depuis janvier et sans cesse repoussé, serait lui « actuellement examiné par le Conseil d’État et devrait être publié dans les prochaines semaines ».

Le secrétaire d’État a également promis qu’il « négociait avec Bruxelles la sauvegarde de la délégation de service public », alors que la Commission européenne demande toujours 420 millions d’euros d’amende à la compagnie, pour des aides jugées d’abord légales puis indues. « C’est un nouvel aveu d’impuissance de l’État, aucun des points de conflit n’a été réglé », prévient Frédéric Alpozzo, des marins CGT.

L’existence même de la SNCM 
est désormais menacée

Alors qu’une nouvelle assemblée générale des actionnaires de la SNCM doit avoir lieu demain à Marseille, les syndicats accusent l’État actionnaire à 25 % de jouer la montre et de laisser Transdev, filiale de la Caisse des dépôts et consignation et de Veolia, entraîner la compagnie vers le tribunal de commerce de Marseille pour s’en débarrasser à moindres frais. Ils ont donc demandé des rendez-vous directs avec le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg. « Le calendrier de mission du nouveau délégué interministériel est sans aucune cohérence avec l’imminence d’une procédure collective planifiée par Veolia, Transdev et la Caisse des dépôts. Sans réaction urgente du plus haut niveau de l’État, l’existence même de la SNCM est désormais menacée alors que des solutions existent pouvant être mises en œuvre rapidement », estime ainsi Maurice 
Perrin, délégué CGC.

« La nomination d’un délégué interministériel pour rechercher un nouvel actionnaire pourrait être une bonne chose. Mais il n’y aura d’investisseur que si les actionnaires actuels s’engagent sur la garantie de passif vis-à-vis des 420 millions d’euros d’amende de l’Union européenne, qui sont largement contestables, et sur la commande de nouveaux navires aux chantiers de Saint-Nazaire, une commande qui est vitale pour conserver à la SNCM la délégation de service public de l’Office des transports de la Corse », reprend Frédéric Alpozzo. « Le problème est que M. Cuvillier n’a pas de mandat sur ces questions, c’est pour cela que nous voulons voir l’étage au-dessus. »

La CGT des Bouches-du-Rhône a organisé hier en fin d’après-midi une manifestation interprofessionnelle de soutien aux marins et sédentaires de la SNCM devant la symbolique tour CMA-CGM, près du port de Marseille. Pour maintenir la pression sur le gouvernement, les salariés ont de leur côté bloqué hier à quai le cargo mixte 
Kalliste de la Compagnie méridionale de navigation.