entrée du havre

POLEMIQUE.Le conseil général redoute les conséquences de l’aménagement de l’entrée de ville sur les flux de circulation. Agathe Cahierre défend les choix municipalité-Codah.par Thomas Dubois Havre Libre du 10 mai 2011

Les travaux occupent actuellement la RD 6015 revenue dans le giron municipal

A l’instar de ceux du tramway, les travaux contraignants de l’entrée de ville du Havre suscitent par nature l’agacement, donc les critiques. Mais, par l’intermédiaire de son vice-président en charge des infrastructures routières, le conseiller général havrais Michel Barrier (PCF), le Département lui-même émet de sérieux doutes quant aux améliorations censées être apportées par l’ambition municipale. La Ville parie aujourd’hui sur une circulation plus lente mais continue, avec une limitation à 50 km/h dès l’arrivée au Grand Stade, puis la suppression des souterrains au profit de deux nouveaux carrefours (Champs-Barets et Sémard/ Pressensé).

Autant de contraintes supplémentaires qui vont « alourdir la fluidité de ce trafic », analyse au contraire Michel Barrier au nom du conseil général, alors que l’actuel flux de véhicules sur cet axe, estimé à 50 000 véhicules par jour, pourrait atteindre la barre des 60 000 « aux alentours de 2020, même avec l’arrivée du tramway ». Car, pour l’élu, l’outil de transport urbain attendu pour 2012 ne changera en rien les habitudes des automobilistes rentrant au Havre chaque jour via la Brèque.

En conséquence, à en croire le scénario critique, ces derniers chercheront de plus en plus à éviter les ralentissements en empruntant des itinéraires bis tels que la rue de Verdun, l’avenue Jean-Jaurès ou encore la rue du Commandant-Abadie. Des voies urbaines où l’afflux inapproprié de véhicules présenterait d’évidents risques de sécurité et de nuisances.

A moins que beaucoup ne choisissent de dévier leur route sur la rocade nord. Et là, c’est le sort de Rouelles qui inquiète particulièrement le vice-président du conseil général. « Ça va peser lourd pour les habitants, où le trafic est déjà important et rapide ». Pour éviter que le quartier ne se transforme un jour en autoroute intérieure, des mesures ont même été déjà prises. « La mairie annexe de Rouelles a lancé un diagnostic sur la base d’un radar pédagogique sur la RD32 », précise Michel Barrier. « Avec ces données, nous démontrerons à la municipalité havraise qu’il faut travailler sur un projet de limitation du trafic. »

Comment expliquer de telles divergences d’analyses entre les services du Département et ceux de la Ville du Havre ? La couleur politique n’y est pour rien, assure Michel Barrier. « Nos techniciens sont les mêmes qui travaillaient auparavant pour la DDE, de parfaits connaisseurs de la route. Dans le projet de la Ville du Havre, la route n’a été prise en compte que comme outil d’aménagement urbain, sans mesurer suffisamment les conséquences. »

L’aménagement de l’entrée de ville : un vaste chantier que se partagent Ville du Havre et Codah, des abords du futur Grand Stade au bassin Vauban. Celui-ci a été divisé en deux tranches : la première a débuté et se poursuivra jusqu’en 2012, la seconde est prévue sur 2014-2015.

Les premiers travaux entrepris à hauteur du Grand Stade, boulevard de Leningrad, semblent se dérouler comme prévu, selon Agathe Cahierre. « Nous avons respecté notre engagement de maintenir la circulation sur deux fois deux voies. »

Le démontage de la passerelle Armand-Barbès, lui, devrait débuter la semaine prochaine.

La Ville se dit « convaincue » de ses choix

« Nous avons des réunions régulières avec les services du conseil général sur l’aménagement de l’ex-RD6015, indique Agathe Cahierre. Nous avons des débats sur les choix techniques, sur lesquels nous ne sommes pas toujours d’accord. »

La première adjointe au maire du Havre, également première vice-présidente de la Codah, reste « convaincue que la future entrée de ville permettra de mieux desservir les quartiers riverains, tout en favorisant une circulation plus fluide. Si la vitesse est respectée, la circulation sera plus lente, mais continue, alors que les souterrains actuels bloquent le flux de voitures aux heures de pointe ».

« Des calculs ont été faits », rappelle l’élue. D’après elle, le report possible et préjudiciable de véhicules sur des itinéraires bis n’a été évalué qu’à « quelques pour cent sur l’avenue Jean-Jaurès ou la rue de la Vallée : les riverains ou les personnes qui y travaillent. Et puis ces axes parallèles seront aussi aménagés ».

Quant aux inquiétudes soulevées à Rouelles, l’adjointe se veut rassurante en évoquant la mise en service prévue de la rocade nord complète (travaux menés par le conseil général), qui devrait aboutir à l’aéroport début 2013. Néanmoins, la question du trafic via la petite commune associée s’avère « préoccupante », reconnaît Agathe Cahierre, qui partage l’idée de la nécessité d’un « travail d’aménagement ». Michel Barrier, pour sa part, souhaiterait refaire du cœur de Rouelles « un espace public ». « Il faudrait redonner au quartier son aspect village. »