
« Tous les hommes deviennent frères », proclament bellement les paroles de l’Hymne à la joie de Beethoven et Schiller devenu l’hymne européen. Tous frères, sauf tous ceux dont on ne veut pas. Il faut une certaine naïveté, disons-le comme ça, pour croire, comme l’écrivait hier l’éditorialiste de Libération, que l’espace Schengen a été « un progrès historique et une avancée démocratique ». Cela, c’était la façon dont le paquet était ficelé pour le vendre aux peuples. Mais le « tous frères » européen était aussi le pendant de la libre circulation des capitaux et l’un des instruments du dumping social entre les pays. Un instrument au demeurant à usage très différencié en fonction de la couleur, de l’origine, limité aux ressortissants de l’UE, ouvert à certains pays amis mais fermé à d’autres, essentiellement dans le Sud. Les petits arrangements d’hier entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ne font qu’éclairer cela. La libre circulation s’arrête où commencent les intérêts des pays dominants, ou de ceux qui les dirigent.
La seule immigration que souhaitent le pouvoir, la droite et l’UMP, et c’est la même chose dans pratiquement tous les pays de l’Union, c’est une immigration « choisie », pas par les immigrés bien entendu, mais pour les besoins du capital.
Il n’était pas besoin de mettre les conversations de Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy sur écoute pour deviner les contours du deal. On se met d’accord sur une lettre commune aux autres dirigeants de l’UE pour bricoler Schengen, la France soutient la candidature de l’Italien Mario Draghi à la présidence de la Banque centrale européenne et Silvio Berlusconi ne s’inquiète plus du tout de l’OPA du groupe français Altadis sur l’italien Parmalat, on se serre la main ?et l’Italie se dit prête à bombarder à son tour la Libye.
Au nom de quoi tout cela ? Des peuples, de la démocratie ?
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