pour les capitalistes:dans la retraite, il y a quelque chose d’insupportable !

pour les capitalistes:dans la retraite, il y a quelque chose d’insupportable !

Par Pierre IVORRA Faut-il, dans nos sociétés capitalistes développées, travailler plus et plus longtemps?? La réponse de la droite ?et du Medef ne souffre aucune ambiguïté?: l’humanité serait condamnée à rouler son rocher sans cesse plus loin et plus haut. À gauche même, il en est qui cèdent aux faux arguments démographiques?: l’espérance de vie s’accroissant, il serait normal de travailler plus longtemps, au-delà de soixante ans et, en tout cas, de cotiser davantage. Il est certes difficile aujourd’hui de nier la réalité du vieillissement. Le nombre de personnes âgées de plus de soixante ans a doublé depuis l’après-guerre et l’espérance de vie a sensiblement augmenté, alors que la population active a augmenté moins vite. Cette contradiction a été résolue dans un pays comme la France grâce à une progression considérable de la productivité totale du travail. Aujourd’hui, chaque actif produit 7,4 fois plus qu’en 1946 en euros constants (1). Le problème est que le capital, par les prélèvements qu’il opère sous forme de revenus, d’intérêts et de dividendes, accapare de plus en plus les fruits de cette croissance de la productivité. Cela a pour conséquence d’accentuer le partage inégal de la valeur ajoutée au détriment du travail et par effet en cascade de dégrader la productivité dans sa globalité, celle du travail et celle du capital. Le process de production est moins efficace. Cela appelle un développement d’un nouveau type de productivité associant création de richesses et d’emploi mais à un moindre coût en capital. Les économies ainsi réalisées doivent être disponibles pour assurer le développement ?de l’ensemble de la société et pour concevoir tout autrement, pour révolutionner, la sujétion des hommes au temps de travail. Au-delà de cette dimension économique, ?la possibilité pour les travailleurs de vivre dans de bonnes conditions sans travailler à partir ?de soixante ans a pour les capitalistes quelque chose d’insupportable. Il y a, avec la retraite, un début de dépassement du statut de salarié, une mise entre parenthèses de la dépendance de l’employé à l’égard de l’employeur. Il faut se rappeler que, pour Marx, «?l’émancipation définitive de la classe travailleuse?» passe par «?l’abolition définitive du salariat?» (2). Cette possibilité offerte au monde du travail, et gagnée de haute lutte, d’échapper à un rapport de subordination qui est la clé de voûte de nos sociétés annonce en effet un monde nouveau.

Michel Barrier

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