Retour sur un coûteux emballement politico-sanitaire, douze mois après la découverte du premier cas au Mexique. Avril 2009, un enfant de cinq ans tombe malade dans un petit village de l’Est mexicain. C’est le début de l’histoire de la grippe « porcine », rebaptisée H1N1 ou grippe A. L’Organisation mondiale de la santé parle de « première pandémie du XXIe siècle ». On évoque la grippe espagnole de 1918 et ses 50 millions de morts. Mais des voix discordantes s’élèvent. Comme celle de l’épidémiologiste anglais Jefferson, qui, dès juin, dénonce la psychose et la surenchère autour du nouveau virus. L’OMS persiste et élève le risque pandémique au niveau le plus haut (niveau 6). Un an plus tard, avec « seulement » 17?700 décès constatés, le virus est loin d’avoir été aussi meurtrier que les autorités sanitaires le pensaient. À titre de comparaison, la grippe saisonnière tuerait, elle, entre 250?000 et 500?000 personnes par an dans le monde. « Des sommes énormes ont été dépensées pour acheter des antiviraux et des vaccins qui n’ont jamais été utilisés et n’allaient jamais l’être », souligne aussi Paul Flynn, le parlementaire britannique qui dirige la commission d’enquête du Conseil de l’Europe. La facture est lourde pour de nombreux pays : 1,4 milliard d’euros pour les États-Unis, 283 millions pour l’Allemagne. En France, où la grippe a causé 349 décès, 94 millions de vaccins ont été commandés pour un coût final de 600?millions d’euros. Et mardi, le groupe Novartis publiait ses résultats pour le premier trimestre 2010. Le bénéfice net du groupe a progressé de 49 %, ?à 2,95 milliards de dollars… Accusée de collusion avec les laboratoires, l’OMS a reconnu il y a peu une « confusion » dans sa communication. Et promis de « tirer les leçons » de cette affaire. Des conclusions attendues pour la fin 2010.