Après dix-huit mois de lutte, les syndicats des transports obtiennent le rejet par la commission emploi du Parlement européen d’une directive visant à allonger le temps de travail. La lutte paie. Enfin, pour le moment. En manifestant mercredi devant le siège du Parlement européen à Bruxelles, la Fédération européenne des travailleurs des transports (EFT) a gagné une première bataille. En question? : une proposition de directive de la Commission européenne qui voulait imposer la semaine de… 86 heures aux routiers indépendants européens? ! La directive en vigueur aujourd’hui, qui date de 2002, fixe la durée hebdomadaire de travail à 48 heures. La commission emploi du Parlement européen a refusé une telle régression en votant le rejet du texte par 30 voix pour et 19 contre. Ce vote doit maintenant être confirmé en séance plénière, normalement au mois de juin. La directive concernait les travailleurs indépendants, qui auraient pu travailler 86 heures? : une véritable institutionnalisation du dumping social contre les routiers salariés. « Le Parlement européen a voté en faveur de routes plus sûres pour tous les citoyens européens, et de meilleurs emplois pour les conducteurs professionnels », s’est félicité le secrétaire général d’ETF, Eduardo Chagas. Pour la Gauche unitaire européenne (GUE), la députée communiste portugaise et vice-présidente de la commission parlementaire emploi, Ilda Figuereido, s’est félicitée de ce que « les impératifs sociaux et de sécurité routière se sont élevés contre les intérêts économiques ». Selon la députée, « un premier pas a été fait pour lutter contre le faux travail indépendant et contre la précarité ». Elle appelle maintenant par ailleurs la Commission européenne à « retirer sa proposition ». Ce n’est pas la première fois que la Commission européenne se range du côté du patronat, et tente de faire avaler une prolongation de la durée du temps de travail. En janvier 2009, le Parlement avait dû, sous la pression des syndicats, faire barrage à une proposition de la Commission européenne, qui maintenait l’opt out britannique, en vertu duquel, au Royaume-Uni, les salariés pouvaient travailler plus de 48 heures. Le Parlement avait par ailleurs indiqué que le temps de garde – par exemple pour les métiers de la santé – devait être considéré comme du temps de travail. Gaël De Santis