Les responsables du site de Cadarache ont sous-évalué la quantité de plutonium accumulée. L’incident n’a été déclaré que trois mois après sa découverte. Quelle quantité de plutonium contient l’atelier de technologie du plutonium (ATPU) de Cadarache ? Huit kilos, comme l’avait évaluée le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) exploitant de l’infrastructure ? Perdu ! Au moins vingt-deux et peutêtre trente-neuf, a-t-on appris hier d’un communiqué de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet « incident », qui a été classé au niveau 2 de l’échelle internationale de gravité des événements nucléaires (INES) qui en compte sept, n’a eu aucune conséquence mais révèle de sérieux dysfonctionnements. Premièrement, il fait apparaître que ni le CEA ni Areva, qui était l’opérateur de cette unité de production de combustibles pour centrales nucléaires, n’ont été capables d’évaluer correctement quelle quantité de plutonium avait été accumulée pendant les quarante années pendant lesquelles elle a été en service. Or l’exploitant d’un tel équipement doit obligatoirement savoir précisément quelle quantité de matière fissible il contient. En effet, la présence au même endroit d’une masse trop importante d’une telle matière peut provoquer un accident de criticité. C’est-àdire le démarrage accidentel d’une réaction nucléaire avec les conséquences potentiellement dramatiques que l’on sait. Deuxièmement, l’ASN a constaté que l’incident de Cadarache ne lui a été déclaré que le 6 octobre dernier alors que la découverte de sa sous-évaluation par le CEA remonte au mois de juin. Or la législation en matière de sûreté nucléaire fait obligation à chaque exploitant de déclarer le plus rapidement possible les incidents qui surviennent sur ses installations. Greenpeace et Sortir du nucléaire ont vivement réagi aux révélations de l’ASN, affirmant notamment que les autorités sont « incapables de contrôler les exploitants qui mentent depuis des décennies ». Pour sa part le ministre de l’Environnement et du développement durable, Jean-Louis Borloo, a estimé que « l’exigence de transparence doit être absolue en matière de sûreté nucléaire ». Enfin, le président de la commission du Développement durable à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, a annoncé que la directrice de l’Agence nationale des déchets radioactifs sera rapidement entendue sur le sujet.
Laisser un commentaire