GRAND PARIS. Une tirelire pour spéculateurs!

GRAND PARIS. Une tirelire pour spéculateurs!

frand paris LE GRAND PARIS DE NICOLAS SARKOZY NE SERAIT-IL RIEN D’AUTRE QU’UN PARIS DES GRANDS Quand le président de la République s’est emparé des enjeux métropolitains en avril dernier, deux certitudes semblaient faire consensus : l’urgence d’une ambition pour la région parisienne et la nécessité d’une collaboration entre tous les acteurs démocratiques pour ne pas répéter les erreurs de la planification des années 1950 et 1960. Un but commun également : faire face à ce douloureux paradoxe de la région la plus riche d’Europe qui est aussi celle où les inégalités croissent le plus vite depuis dix ans.

Avec le projet de loi de Christian Blanc, ces deux certitudes ont volé en éclats. Les ambitions de son projet se révèlent médiocres et passéistes. Quant à son idée démocratique, le simple fait de l’évoquer fait sourire. Sa méthode d’élaboration solitaire, sans concertation, fait que le « Grand Paris » de Nicolas Sarkozy s’apparente à un « Paris des Grands ». Car « les grands croient être seuls parfaits », comme l’écrivait La Bruyère dans ses Caractères. Le projet de Christian Blanc est un modèle de mépris pour les élus locaux, pour les populations dans leur diversité, pour l’audace et l’ambition de toutes les idées qui ne sont pas les siennes. Il méprise l’Île-de-France, le Paris Métropole initié par Pierre Mansat avec des élus franciliens de tous bords, ou encore la consultation internationale des architectes lancée par Nicolas Sarkozy lui-même, dont il ignore toutes les conclusions.

La déception est entière, d’autant que nous avons souvent déploré le désengagement de l’État auprès des collectivités locales. À Paris, l’État ne paye pas sa part pour la construction du tramway, pour les travaux de couverture du périphérique, ou pour les dépenses de solidarité. Aujourd’hui, on nous dit que l’État est de retour. Mais de quel État parle-t-on ? Nous souhaitions l’État qui incarne l’intérêt général, nous avons un État arbitraire qui entend imposer toutes ses décisions, tous ses arbitrages, et considère que les collectivités locales ne sont bonnes qu’à payer. Cette fameuse « Société du Grand Paris » chargée de l’aménagement de la région en est l’exemple le plus frappant : l’État y sera majoritaire et il décidera de tout. Mieux : les collectivités devront payer pour entrer dans la Société du Grand Paris. Non seulement les maires seront minoritaires, mais à condition qu’ils en aient les moyens. Avec ce projet, Nicolas Sarkozy réinvente le suffrage censitaire à l’échelle des communes.

Mais ce projet n’est pas seulement contestable dans sa méthode. C’est le modèle de développement qu’il propose qui constitue la menace la plus sérieuse pour l’avenir de la région capitale. Sous couvert de vouloir relancer le BTP et l’immobilier, il dessine une zone de mille cinq cents mètres autour des gares que desservira le « grand huit ». Ces territoires seront aménagés directement par l’État et ils feront la part belle aux spéculateurs de tout poil. En revanche, rien sur les déséquilibres économiques et sociaux, rien sur le logement, rien sur les solidarités.

Au fond, le Grand Paris de Nicolas Sarkozy, c’est le Paris des Grands et le mépris des petits. C’est tout l’inverse de ce qu’il nous faut inventer pour construire l’avenir de cette région. D’ailleurs, quand on entend Christian Blanc proposer une « City » ici, une « Silicon Valley » là, et qu’on observe l’état de ces modèles aujourd’hui, on se dit que la modernité n’est pas à rechercher de ce côté. C’est pourquoi il faut travailler ensemble à l’invention d’une métropole solidaire, écologique – une métropole qui soit autant celle des transports pour tous que des logements ou de la culture pour tous. On est loin des visions au formol, des visions sous vide du projet de Nicolas Sarkozy. Et c’est bien à cela qu’il faut aujourd’hui s’atteler.

Michel Barrier

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