Quand Libé se trompe d’histoire

Quand Libé se trompe d’histoire

libéProfitant de la sortie du dernier film de Robert Guédiguian, l’Armée du crime, consacré comme chacun le sait aux faits d’arme antinazis du groupe Manouchian, popularisé pour l’éternité par le poème d’Aragon l’Affiche rouge, le journal Libération a cru bon, dans un long article aux accents douteux, de nous ressortir une affaire pourtant enterrée par les historiens eux-mêmes. Ainsi, pour Libé, Des terroristes à la retraite, le « bouleversant documentaire de Mosco Boucault » (dixit), datant de 1985, diffusé à l’époque sur Antenne 2, reste une référence puisqu’il « expliquait que le PCF avait sacrifié, voire lâché » (re-dixit) les membres du groupe Manouchian. Ce film, si l’on peut appeler cela « un film », fut instrumentalisé par son inspirateur principal, l’historien Stéphane Courtois, maître d’oeuvre du Livre noir du communisme. Seulement voilà. À la fin des années 1990, les archives de la préfecture de police furent enfin accessibles : elles démentirent pièce par pièce les « théories » du couple Boucault-Courtois. En 2007, un nouveau documentaire, la Traque de l’Affiche rouge, réalisé par l’historien Denis Peschanski et Jorge Amat, fut diffusé sur la même chaîne, France 2, et il montra dans le détail que la chute du groupe Manouchian fut le fruit de l’acharnement des puissantes brigades spéciales, de leurs filatures, de leurs interrogatoires, etc. Que restait-il des accusations contre la direction du PCF clandestin ? Rien ! Et pour cause : le documentaire de 1985 avait produit des faux et usages de faux, dénoncés depuis comme il se doit…

« L’info est un combat », clamait à juste titre la dernière campagne de pub de Libé, vantant par ces mots les mérites de sa nouvelle formule. Autant se le dire : s’imposer les rigueurs de l’histoire est aussi un combat. C’est valable pour tout le monde !
Jean-Emmanuel Ducoin

Michel Barrier

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