DURBAN II

DURBAN II

durban2 Les 27 pays membres de l’Union européenne ont quitté en bloc la salle lorsque le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a qualifié Israël de gouvernement raciste. À ce moment, il fallait sans doute le faire, car quoi que l’on pense de la politique d’Israël à l’égard de la Palestine, on ne peut occulter à ce stade les propos antérieurs de l’orateur, qu’il s’agisse de la négation de la Shoah comme de la volonté de rayer Israël de la carte. Il ne fait donc aucun doute que le président iranien était conscient de la portée de ses propos, lesquels du reste n’ont pas surpris.

Doivent-ils occulter le sens même de cette conférence, y compris en la transformant en procès à charge contre l’ONU, comme l’a fait dès hier Israël, qui avait déjà rappelé son ambassadeur en Suisse au motif que le président Ahmadinejad avait rencontré le président suisse Hans-Rudolf Merz : « Il est regrettable que le secrétaire général de l’ONU ait cru bon de rencontrer le plus grand négationniste actuel. » Cette attaque directe contre M. Ban Ki-moon ne peut être fortuite. D’abord parce qu’Israël a le plus souvent considéré les résolutions de l’ONU comme des chiffons de papier. Ensuite parce que son secrétaire général a lui-même, avec d’autres, demandé l’ouverture d’enquêtes pour d’éventuels crimes de guerre après l’agression contre Gaza. Enfin parce qu’Israël vient de se doter avec Benyamin Netanyahou d’un premier ministre de droite hostile à l’idée même de deux États.

La position d’Israël n’est pas une position de recherche de paix mais une position de force, s’adressant à tous les pays et peut-être même, par États interposés, aux États-Unis et à Barack Obama : « Je félicite les pays qui ont décidé de boycotter ce festival de haine », a dit M. Netanyahou. Que sont donc tous les pays qui se sont retrouvés à Durban, y compris donc ceux de l’Union européenne, qui ont participé à la conférence avant de quitter la salle et qui continueront à participer ? Il n’y aurait de dialogue pour Israël qu’avec les sept ou huit pays qui n’étaient pas présents, dont, il est vrai, les États-Unis ?

On peut s’interroger sur leur absence, alors même que Barack Obama et son administration se sont engagés avec l’Iran dans une nouvelle politique que le président iranien a aussi évoquée : « Nous attendons des changements concrets et nous soutenons le dialogue basé sur le respect mutuel. » Sans doute faut-il en prendre et en laisser. M. Ahmadinejad n’est pas un démocrate ni un progressiste, y compris dans son pays. Mais il faut s’interroger. La présence à Durban de tous les pays membres de l’ONU, représentés par leurs plus hauts dirigeants, aurait-elle cautionné les propos du dirigeant iranien ou les aurait-elle isolé ? La présence à Genève de tous les pays membres de l’ONU aurait-elle fait dévier, comme c’est le cas, la conférence, ou l’aurait-elle permis d’aborder tous les autres problèmes du racisme sur la planète ? Et ils sont nombreux, sous des formes diverses et dans tous les États. À cet égard, chacun peut aussi balayer devant sa porte.

Michel Barrier

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