C’était le 13 septembre 2008, il était attendu par un public fidèle, vers 19 heures. J’y étais!!!! de grandes émotions! Alain Bashung : « J’ai l’impression d’être dans des voies galactiques »
entretien réalisé par Victor Hache que je me permets mettre à l’actualité. Vous avez donné beaucoup de concerts depuis votre Olympia en juin.
Comment vous sentez-vous physiquement ?Baschung Alain Bashung. Là, aujourd’hui, ça va. C’est vrai que je vis avec un mystère. Si je ne bougeais pas, je ne crois pas que ce serait la solution. Cela me demande, bien sûr, un effort particulier, mais en même temps cela me procure beaucoup de force. Les gens me donnent énormément. Il y a beaucoup d’émotion. D’un seul coup, je découvre tout cela. Peut-être que je donne toutes les forces que j’ai en moi, mais on me les restitue autrement. Cela me touche beaucoup et me faire tenir droit.

Grande Scène . Sombre et lumineux, rocker magnifique, tel est Bashung. Après le succès de son album Bleu pétrole, il promet un concert aux ambiances atmosphériques. Il y jettera toutes ses forces.
Vous êtes un familier de la Fête de l’Humanité. Quelle image gardez-vous de cet évènement à la fois festif et militant ?
Alain Bashung. C’est une grande fête populaire, depuis pas mal de temps maintenant. À une époque, il y avait des chanteurs qui étaient très militants, comme Jean Ferrat ou Isabelle Aubret. Ils étaient toujours présents. Ensuite, d’autres artistes passaient, mais ils n’étaient pas spécialement militants. J’ai des souvenirs d’après-midi ensoleillés avec le pastis qui coule à flots ! (Rires.) En dehors de vos propres spectacles, y êtes-vous allé à titre personnel ?
Alain Bashung. Je crois, mais alors il y a très longtemps, parce que j’avais un ami qui travaillait chez Renault. Il y avait un comité d’entreprise. C’était parfois dans ce genre de cadre. On avait monté un petit groupe et la société nous avait prêté une petite salle pour répéter. On y allait comme ça. C’est vraiment ancré. Je me souviens de mon prof de français qui vendait l’Huma, au pied de la cité, avec Pif le chien (rires). Tout cela faisait partie de la vie…
Êtes-vous sensible à la chose politique ?
Alain Bashung. C’est difficile de se dire détaché totalement. Par contre, s’y retrouver, avoir des idées claires sur telle ou telle chose, ce n’est pas du tout évident. Tout est devenu beaucoup plus complexe pour tout le monde. En plus, tout passe par la communication médiatique. Cela complique encore plus les choses. On est dans une espèce de triangle. Il faut parler très vite, alors on dit rapidement quelque chose d’un peu arrogant. Cela fausse tout à la longue. Bien sûr, on remarque le type qui vient de dire une ânerie énorme. Je me demande comment les gens peuvent recevoir ce genre d’info, la digérer. Ils appellent cela de la provocation, mais ce n’en est pas. C’est de la pub. J’ai l’impression qu’on est plus dans la communication. On se demande même comment les hommes politiques s’occupent de leurs dossiers. On les voit répondre à une question soit dans un journal, soit à la télé. C’est difficile à suivre. Je ne sais pas comment font les gens pour choisir tel ou tel courant, telle personne.
Que doit-on comprendre de Bleu pétrole, un titre d’album poétique et peut-être aussi économique ?
Alain Bashung. C’est une couleur, déjà un peu étrange, qui peut renvoyer à celle du ciel où d’un rêve. Si on entre dans les problèmes des hommes, c’est un produit qui a fait pas mal de dégâts depuis des décennies. Le pétrole a été source de conflits, de massacres. Avant, on essayait de comprendre pourquoi tel pays était en guerre. Aujourd’hui, on sait que c’est soit pour avoir des ressources naturelles, soit pour avoir la mainmise sur tel ou tel endroit stratégique. On ne peut plus se poser la question naïvement. C’est simplement des histoires de business ou de possession d’un pouvoir.
On a l’impression d’un répertoire tour à tour sombre et lumineux…
Alain Bashung. Que vous ayez reçu cela comme « sombre et lumineux », c’est quelque chose qui me convient assez bien. Est-ce simplement une question d’équilibre ? Sur scène, si je penche d’un côté ou de l’autre, ce n’est pas moi. Il y a ce milieu qui permet de raconter, d’être dans quelque chose qui a à voir avec des nuances. Ce n’est pas forcément que poétique. C’est pour permettre d’être dans une situation qui n’est pas totalement figée. Comment les gens font-ils pour essayer de capter le sens des choses ? C’est un peu un mystère pour moi. Mais, si je fais autrement, je n’y arrive pas. On peut appeler cela évoluer, ou bouger. Je ne pourrais pas faire la même chanson sans arrêt. C’est aussi chercher un langage. J’essaie d’évoquer des choses. Parfois, on comprend quelques lignes. On me donne des explications que je n’aurais pas imaginées sur telle ou telle chanson…
Justement, que voulez-vous dire par « J’ai des doutes sur la notion de longévité » (dans le Secret des banquises) ?
Alain Bashung. Là, ça peut devenir mystique. Je ne sais pas… Toutes ces notions humaines, on a l’impression qu’elles ne sont jamais suffisantes pour expliquer nos vies. Elles bougent sans cesse. Vivre longtemps, oui, mais alors avec quelle qualité de vie ? C’est toutes les questions que l’on peut se poser. Après, si c’est pour amasser, si c’est pour trouver un équilibre… Ce n’est pas le tout de seulement se dire : « Je vais vivre longtemps… » Il faut vivre dans le créatif, fabriquer quelque chose, avoir l’impression d’avoir un petit peu servi à quelque chose.
Alain Bashung a été promu Chevalier de la Légion d’honneur le 1er janvier 20094. Le 28 février 2009, il a remporté trois trophées lors des Victoires de la musique 2009 dont celui de l’interprète masculin de l’année. Bashung a décroché une autre Victoire très prestigieuse, celle de l’album de chanson pour Bleu pétrole, et sa tournée a été désignée meilleur spectacle de l’année. Avec onze récompenses obtenues au total au cours de sa carrière, il est devenu l’artiste le plus primé5. Ce sacre fut l’occasion de sa dernière apparition publique puisqu’il dut annuler ses derniers concerts dans les jours qui suivirent.