Comment Israël a mis en selle le Hamas! pour mieux comprendre…!

Comment Israël a mis en selle le Hamas! pour mieux comprendre…!

Tel-Aviv a favorisé délibérément l’implantation du mouvement islamiste, il y a vingt ans, pour diviser les Palestiniens et peser sur l’OLP et Yasser Arafat.
Comment expliquer qu’en moins de vingt ans le Hamas soit devenu la première force politique dans les territoires occupés, au point de prendre le dessus sur le Fatah à Gaza et de le chasser au terme de terribles affrontements en juin 2007 ? Est-ce parce qu’il s’est posé en farouche opposant à Israël et aux accords d’Oslo et, partant, à l’OLP dont il ne fait pas partie et qu’il accuse d’avoir abandonné la revendication d’un État palestinien sur l’ensemble de la Palestine historique d’avant le partage de 1948 ? Ou parce que, comme tout mouvement islamiste, il a su pallier l’absence de l’Autorité palestinienne sur le terrain social, n’hésitant pas au besoin à instrumentaliser la corruption et l’enrichissement de certains dirigeants du Fatah ? Sans doute les deux à la fois. Mais on ne peut faire l’impasse sur le fait qu’Israël a fait en sorte de mettre en selle le Hamas, faisant tout pour disqualifier les laïcs au profit d’islamistes, tellement commodes à haïr.

Retour en arrière. À Gaza, durant les années 1970, Israël avait fort à faire avec le Fatah et les organisations de gauche palestiniennes. Et quand Ahmed Yassine, de retour du Caire, fraîchement diplômé d’Al-Azhar, crée une association islamique de bienfaisance, il est encouragé par l’administration militaire en charge de ce territoire. Selon l’hebdomadaire israélien Koteret Rashit, cité par le Monde du 18 novembre 1987, « le gouvernement militaire était convaincu que ces activités affaibliraient l’OLP et les organisations de gauche à Gaza ». Les islamistes, ajoutait-il, « étaient autorisés à faire venir de l’argent de l’étranger ». Et c’est ainsi qu’à l’ombre de la répression israélienne à l’endroit de l’OLP, les islamistes prennent leur envol, développent un important réseau d’aide sociale, mettent en place un réseau scolaire et l’université à Gaza – d’où sortiront les élites politiques du Hamas. En octobre 1987, bien que pris de court par le début de l’Intifada, ils ne tardent pas à prendre le train en marche et, le 14 décembre de la même année, fondent le Hamas, lequel se sentant suffisamment fort se donne pour objectifs la création d’un État islamique et la réduction de l’influence de l’OLP ! C’est alors qu’Israël feint de découvrir la menace que représente le Hamas, alors que celui-ci bénéficiait jusque-là d’un préjugé favorable. Quand sont signés les accords d’Oslo en 1993, le Hamas s’y oppose et s’emploie à les torpiller en multipliant les attentats suicide. Comme en écho, Israël négocie d’une main mais poursuit la colonisation de l’autre en multipliant les entraves pour retarder la création d’un État palestinien prévu alors au plus tard pour… la fin 1998. L’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir en 2001, qui partage avec le Hamas une même hostilité aux accords d’Oslo, constitue un tournant majeur. Les attentats commis par les islamistes sont attribués à Arafat, dont Sharon interdit toute sortie de Ramallah. Israël entreprend de détruire les infrastructures de l’Autorité palestinienne qui préfiguraient les contours du futur État palestinien. Le port et l’aéroport de Gaza, des édifices publics, la radio-télévision, soit 2 000 institutions (80 % des infrastructures palestiniennes) financées par l’UE, sont ainsi détruits. Ce à quoi s’ajoutent l’arrachage de 950 000 arbres fruitiers et oliviers, le dynamitage de 62 000 habitations, les morts de civils…, et en arrière-plan les assassinats ciblés de cadres connus de l’OLP. En affaiblissant une Autorité palestinienne arc-boutée sur les seules résolutions onusiennes, ne disposant d’aucune marge de manoeuvre, Israël a ouvert le champ au Hamas. L’Occident, quant à lui, a forcé la main à l’OLP pour organiser des élections législatives en 2006 alors que tout indiquait que le Hamas allait les remporter. Et quand ce fut chose faite, Washington et l’UE décidèrent, de concert avec Israël, de couper les vivres aux Palestiniens. Et c’est ainsi que, se nourrissant des échecs successifs du processus de paix, du refus d’Israël d’appliquer les résolutions de l’ONU et autres « feuilles de route », le Hamas a pu « prospérer » avant de prendre le pouvoir à Gaza en juin 2007. de Hassane Zerrouky

Michel Barrier

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Pierre Barbancey Publié le13 h 23 min - 4 janvier 2009

Les calculs sordides et meurtriers de Tel-Aviv
Le but d’Israël : enterrer le processus de paix et la création d’un véritable État palestinien. Avec la complicité de Washington, Paris et Bruxelles.
Sans le vouloir, Israël a démontré que l’occupation des territoires palestiniens est bien au centre de la problématique proche et moyen-orientale. Existe-t-il une autre région du monde où, en l’espace de quelques heures, près de 300 personnes sont tuées de cette manière ?
L’Irak et l’Afghanistan sont battus à plate couture. Surtout, existe-t-il un pays de la planète qui peut se permettre un tel massacre avec le soutien même plus implicite des plus grandes puissances mondiales ? Pourquoi, comment ?
Qui peut croire un seul instant que les roquettes balancées par des organisations palestiniennes mettent en danger un État, Israël, dont l’armée est parmi les cinq plus puissantes du monde ? Surtout, alors que les bombes israéliennes se déversaient sur Gaza ce week-end, d’autres roquettes étaient encore tirées.
Le bilan est là : 1 mort côté israélien. Plus de 280 côté palestinien.
Si l’on assiste à un tel déchaînement de violence de la part de Tel-Aviv, c’est certainement parce que la victoire aux élections législatives (programmées pour le 10 février) sera déterminée par le caractère belliciste des candidats. Le Likoud de Netanyahou pousse au feu. Il n’en faut pas plus à Tzipi Livni, toujours ministre des Affaires étrangères qui rêve d’être premier ministre et Ehud Barak, ministre de la Défense, pour faire chauffer les réacteurs des F16 et tester leurs nouveaux engins de mort.
Triste société israélienne qui applaudit et fait remonter Livni dans les sondages.
Les élections n’expliquent pas tout.
Pas plus que le prétexte des roquettes.
Il y a un plan, une volonté politique accrochés aux missiles qui s’abattent sur Gaza.
Le premier volet est de repousser à jamais la création d’un véritable État palestinien en approfondissant le fossé géographique et politique entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et les composantes de l’OLP, à commencer par le Fatah.
N’est-il pas surprenant que cette attaque survienne au lendemain d’une nouvelle trêve de 24 heures décrétée par le Hamas et alors que tout le monde sait bien que les dernières salves lancées sur Israël étaient le fait de groupes aussi divers que le Djihad islamique ou les Brigades des martyrs d’al Aksa, proches du Fatah ?
C’est d’autant plus étonnant que le Hamas est sensible à l’état d’esprit de la population palestinienne. C’est ce qui explique souvent ses changements d’attitude, l’arrêt des attentats suicides ou l’acceptation de trêves.
Israël ne veut pas la paix. Ce n’est pas avec des bombes que l’on vient à bout d’une résistance, celle d’un peuple occupé depuis plus de quarante ans.
Les dirigeants israéliens sont soutenus à bout de bras par l’administration américaine et par les dirigeants de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy en tête. Tout simplement parce qu’Israël a réussi à faire admettre son indispensable présence dans la stratégie occidentale au Moyen-Orient en se plaçant comme rempart face à une supposée invasion islamiste.
Peu importe la fausseté de l’argument, et surtout le mélange des genres (comme cela avait été fait entre l’Irak de Saddam et al Qaeda) : il permet de faire croire au danger pour l’existence d’Israël, d’amplifier le concept d’État juif, de faire oublier l’occupation et de justifier en filigrane la possession de l’arme atomique.
D’où ces déclarations des chancelleries occidentales qui rejettent la faute des événements dramatiques de ces derniers jours sur le Hamas et mettent sur un pied d’égalité occupants et occupés tout en demandant de la retenue « aux deux parties ».
Ce faisant, Israël enterre un peu plus le mouvement national palestinien. Les manifestations se multiplient en Cisjordanie contre le massacre perpétré à Gaza et contre les conditions de vie inhumaines qui s’aggravent chaque jour un peu plus. Un ressentiment qui s’exprime principalement contre l’occupant mais qui pourrait bien emporter Mahmoud Abbas, le toujours président de l’Autorité palestinienne, dont les déclarations laissent perplexes et qui semble de plus en plus affaibli au sein des Palestiniens comme sur la scène internationale.
Les Israéliens laissent pourrir la situation et attendent que les fruits mûrs tombent : l’écrasement du Hamas à Gaza, l’extinction du Fatah en Cisjordanie.
Ne resteront plus alors que quelques chefs de tribus avec lesquels il sera très facile de négocier l’attribution de bantoustans vides de sens et de réalité économique. Les dirigeants israéliens pourront alors leur adjoindre ces Arabes d’Israël, comme le veut Tzipi Livni.
Pour réussir ce tour de passe-passe, il faut des complices. Avec Washington, Paris et Bruxelles, Israël les a trouvés.

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