SARKOZY PART EN CROISADE RELIGIEUSE

SARKOZY PART EN CROISADE RELIGIEUSE

Qui peut servir des rois doit adorer des dieux”. Écrivant ces mots dans l’étonnant texte politique “ Français, encore un effort si vous voulez être républicains ”, le marquis de Sade, dont on oublie trop souvent qu’il était peut-être essentiellement un philosophe des Lumières, ignorait sans doute que deux cents ans après, ils reprendraient tout leur sens.

Le modèle américain Les professions de foi réitérées de Sarkozy, outre qu’elles reposent, comme les idoles de pierre, sur le socle du mensonge, sont un projet politique. Le mensonge d’abord. Parler des racines chrétiennes de la France est, au choix, le reflet d’une ignorance crasse, mensonge par bêtise donc, ou bien une escroquerie intellectuelle, mensonge intentionnel. Qu’il plût en son temps à Clovis de se faire baptiser n’autorise pas à gommer une histoire complexe, faite des héritages grecs et romains, gaulois et celtes, de ceux des différents peuples qui firent l’Europe. Pendant des siècles, n’a-t-on pas davantage étudié, quand on faisait ses “ humanités ”, les auteurs grecs et latins, leurs philosophes, poètes, tragédiens ? L’humanisme de la Renaissance leur doit plus qu’aux pères de l’Église. Racine, Corneille ont puisé à leurs sources. La Révolution française a voulu renouer avec la vertu antique. Les arts doivent autant aux Métamorphoses d’Ovide qu’aux Évangiles et à l’Ancien Testament. Que Sarkozy, quand il n’est pas à Disneyland, lise un peu Montesquieu ou Bossuet. L’évêque Bossuet, par exemple, qui, dans son Histoire universelle à l’usage du dauphin, place la démocratie grecque au-dessus de tous les régimes. La foi est éminemment respectable. Elle peut être une quête, une espérance. Marx lui-même, quand il parlait de l’opium du peuple, s’il voyait dans la religion une expression de détresse humaine, y voyait aussi une protestation contre cette même détresse. Mais le destin des hommes n’est pas dessiné par la foi. Il y a plus de deux mille ans, Aristote définissait l’homme comme un être politique. Il ne peut en être autrement. Contraint de vivre dans la société des autres hommes, il est en charge avec eux de la chose publique. Des humanistes, de la Renaissance aux Lumières en passant par Spinoza, une même idée court. Rousseau la prolonge avec le contrat social qui n’implique ni les dieux ni les rois : “ Le peuple est le souverain ”. La philosophie politique, depuis la démocratie grecque, s’affranchit des dieux que l’on y croie ou pas, pour fonder la liberté des hommes à construire leur devenir commun. Le lieu du politique, pour Hannah Arendt, c’est précisément l’espace entre les sujets. Au moment où Benoît XVI choisit de renouer avec les rites antérieurs à Vatican2, quand on mesure le poids sur la politique Bush des néoconservateurs et évangélistes des États-Unis, les incantations de Sarkozy, liant le sort des hommes à la religion, aux religions, sont une négation du politique et de la démocratie. La foi, pour les croyants, peut être une espérance. Mais pour tous les hommes, l’espérance habite la maison commune qui s’appelle la Terre. Il n’est pas vrai enfin que l’apologie du fait religieux puisse prévenir le choc des civilisations. Au contraire. C’est dans la démocratie que se construit la conscience des valeurs universelles et communes à tous, par-delà précisément les différences des églises et des rites. L’étonnante religiosité sarkozyste épouse singulièrement les credos atlantiques. Les croisades du bien. Les aventures géopolitiques qui se mènent, une main sur la Bible, avec des tanks et des bombardiers. Le sarkozysme, en revanche, fait profession d’ignorer les temples de la richesse, le défi permanent à l’esprit des Evangiles que sont les injustices, les inégalités, les quotas d’expulsions, le travail humain méprisé par les vagues de licenciement. Quand un homme qui chevauche le veau d’or se met à parler de Dieu, il faut se demander pourquoi ?

Michel Barrier

3 commentaires

henri Publié le19 h 09 min - 24 janvier 2008

Je partage la vision de Sarkozy d’une laïcité moderne qui admet le fait spirituel comme une composante de l’homme. Vouloir le nier, c’est étroit d’esprit et sectaire.

Que Sarkozy soit croyant ou non ne m’importe pas beaucoup à dire vrai. Et bien d’accord que les croyants n’ont pas le monopole du coeur.

gtouf Publié le20 h 10 min - 15 février 2008

J’ai lu ce point de vue, dans le journal l’humanité!
Avec ces déclarations lors du diner annuel du CRIF le 13 février dernier, le chef de l’Etat poursuit sa croisade évangéliste et jette au passage le trouble sur la mémoire de la Shoah.
Des propos en droite ligne de ceux prononcés devant Benoît XVI puis à Riyad en Arabie Saoudite dans lesquels Nicolas Sarkozy avait exalté le rôle de la religion dans la vie publique et mis en cause les principes laïques de notre République.
Un discours provocation, mais surtout un discours qui s’inscrit dans le concept de « laïcité positive » visant, en réalité, à vider de sa substance la loi de 1905, dite de « séparation des Églises et de l’État ».

Philippe Publié le22 h 05 min - 17 février 2008

La laïcité moderne à la sauce Sarkozy!
Ce qui est étroit d’esprit c’est bien la vision spirituelle et surtout morale que tentent d’imposer en générale toutes les religions sectaires aux populations.
Au moment ou l’engagement sur le pouvoir d’achat n’est pas tenu que peut dire Sarkozy sinon: « heureux les pauvres car ils seront assis à la droite du père » Ca ne mange pas de pain, et puis si ça ne nourrit pas ça peut toujours consoler!

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