C’est Jean-François Kahn, président du conseil d’administration de l’hebdomadaire Marianne qui le dit. « Aujourd’hui, le rejet des médias est tel que leurs candidats – Balladur, Jospin, Cohn-Bendit – ont tous subi un camouflet. Les urnes, à l’instar du Net, contribuent donc à un rééquilibrage…. »

Les trois plus grands groupes de presse sont possédés par des grands groupes industriels, en l’occurrence Lagardère, Bouygues et Dassault, qui, en partie, sont liés à l’État et doivent donc faire attention à leurs rapports avec le pouvoir politique. Deuxièmement : pratiquement tous les grands patrons qui contrôlent l’univers des médias – outre les trois cités, Vincent Bolloré et Bernard Arnault – sont des amis de Sarkozy, le paradoxe étant que la seule exception, François Pinault, est quand même à la tête d’un journal sarkozyste. S’il y a toujours eu des industriels à la tête des médias, c’est la première fois qu’ils sont tous liés au même candidat. Ce qui ne veut pas dire qu’ils peuvent donner l’ordre aux journalistes de faire la propagande de Sarkozy. Et puis, voyant la montée d’une Ségolène Royal dans les sondages, ces commerçants penchent aussi dans ce sens afin de garder de bons rapports avec l’État quel que soit celui qui le dirigera…
Pas besoin de donner d’ordre pour que les journalistes privilégient les « deux champions » : ils adorent autant les duels que les sondages et détestent à la fois les centristes et la gauche de la gauche. Que cette situation soit exacerbé par la proximité des élections est indéniable. Heureusement d’ailleurs, que, de temps en temps, certains se souviennent de ce qui s’est passé en 2002. Mais n’oublions pas que, si aujourd’hui, il y a une sorte de rééquilibrage avec cet autre produit marketing qu’est Ségolène, il y a encore six mois, on ne parlait que de Sarkozy.