Intervention de Michel BARRIER
au Conseil Général lors de la séance de Juin 2005

Débat de politique générale

Nous vivons dès maintenant et très concrètement la montée en puissance de Port 2000, et notre institution, depuis l’origine, s’est fortement engagée politiquement et financièrement sur ce nouvel aménagement portuaire, qui répond à une politique d’échanges commerciaux sur l’ensemble de la planète.

Certes, nous ne sommes qu’aux prémices de cette montée en puissance, mais d’ores et déjà il est possible d’en mesurer les enjeux.

Je ne développerai pas sur les divers et nombreux enjeux, et je m’en tiendrai uniquement à la question de l’évolution des trafics et de la problématique des déplacements, notamment des marchandises, plus particulièrement sur le territoire de notre département.

J’ai retenu qu’en France, en moyenne, ce sont 90% des trafics qui sont assurés par la route, ce qui laisse entendre que certaines régions sont au dessous de ce chiffre et que d’autres sont bien au dessus.

Ce qui est déjà le cas pour notre département, et Port 2000 va amplifier cette situation, si nous n’y prenons garde, et n’entreprenons pas la réflexion globale sur cette question de plus en plus d’actualité de l’inter-modalité des transports. Elle aurait dû évidemment faire partie intégrante de ce grand dossier mais force est de constater encore aujourd’hui qu’elle n’a pas fait l’objet de réflexion globale.

Si je me félicite d’une montée en puissance du fluvial au cours du dernier trimestre 2004, je ne peux m’empêcher de regretter l’insuffisance de la part du ferroviaire, et l’absence d’une politique de cabotage.

La réflexion en cours sur la définition d’une politique portuaire départementale est une bonne décision et sera d’une grande utilité pour que l’ensemble des territoires du département participe aux retombées de cette activité.

Mais personnellement je ne souhaite pas que les habitants en subissent les effets néfastes.

La pointe de Caux est un territoire proche de port 2000, avec l’autoroute A 29, il constitue une véritable zone d’appel privilégiée pour les implantations économiques et il est fortement convoité pour la création de nombreux projets de parcs logistiques entre le Havre et Fécamp.

On parle de boum logistique.

Certains territoires le sont d’autant plus qu’ils échappent, et c’est une volonté politique, à toute réglementation liée à un schéma d’aménagement, c’est le cas notamment à l’ouest de la départementale 489.

Cette position est très dangereuse et irresponsable.

Evidemment ça créé de l’emploi (la plupart du temps précaire et sous payé)

.Mais ces perspectives ont bien entendu comme corollaire un accroissement attendu de la densité des trafics routiers poids lourds.

Dans cette optique, le Conseil Général est fortement sollicité pour procéder à l’adaptation de son réseau routier. De nombreuses rencontres dans ce secteur m’ont permis de faire connaissance avec des projets importants, on parle du doublement nécessaire et urgent de la 925 au delà de Goderville et de Fécamp, certes c’est un axe important, structurant, en parallèle avec l’A29 et l’A28.

Mais on parle aussi de la nécessité d’un doublement de la RD 31 entre le carrefour de Rolleville et le péage de l’A29.

Ce ne sont que deux exemples significatifs sur lesquels nous n’avons pas de sollicitation officielle.

La route est déjà dans sa grande majorité sous responsabilité départementale, elle le sera de plus en plus et ainsi soumise à explosion budgétaire et ses conséquences, fiscales mais aussi environnementales et sécuritaires.

Vous le savez la bourse de l’Etat est solidement bouclée, pourtant, il faut bien reconnaître que des moyens existent.

Les carburants sont essentiellement consommés sur l’ensemble du réseau routier, et la taxe TIPP (taxe sur les produits pétroliers) a rapporté à l’Etat en 2003 25 Milliards d’euros. Seuls 1,5 Milliards ont été affecté au réseau routier national (entretien et programmation), soit 4% seulement, il y a là de quoi agir, quand on voit encore ces derniers jours les problèmes avec le tunnel de Fréjus par exemple.

Je vous exprime là mon inquiétude pour l’avenir et j’insiste pour que nous nous engagions bien plus que le Département ne l’a fait jusqu’à ce jour dans une réflexion hardie, comme d’autres départements et régions l’ont fait, en matière de développement intermodal des transports.

Cette étude sur l’inter modalité des transports s’impose : la route seule ne pourra- subvenir aux besoins nouveaux de transports générés directement et indirectement par Port 2000, il faut chercher d’autres solutions pour alléger le transport notamment sur les routes départementales (et les coût d’entretien et d’investissement que cela représente pour notre collectivité).

C’est un investissement nécessaire à partager avec d’autres institutions :

  • Le ministère évidemment,
  • Les départements voisins,
  • Les régions voisines,
  • Les collectivités locales,
  • Les ports,
  • Les chambres de commerce et d’industrie,
  • Les transporteurs,
  • Les propriétaires d’autoroutes.

Mais dans un premier temps il me semble nécessaire et urgent de lancer l’étude pour laquelle, avec RFF et la Région, nous nous sommes engagés voici deux années.

Entre le Havre et Fécamp, en plein pays de Caux, une ligne ferroviaire existe, non utilisée mais pas désaffectée.

Nombreux sont celles et ceux qui pensent nécessaire de la remettre en service, et je suis personnellement convaincu de la grande utilité de cet itinéraire pour le futur.

J’ai même le sentiment que RFF n’a pas non plus abandonné l’idée de réaffectation dans la mesure ou il nous a été imposé dans le cadre du contournement de Goderville des mesures conservatoires (dénivellation, engagement sur la réalisation d’un pont rail le cas échéant).

Certes ce n’est certainement pas dans les intentions du nouveau ministre qui suit la trajectoire de son prédécesseur, avec l’accélération de la déréglementation et de la privatisation du transport du fret et bientôt des voyageurs.

Mais il faut, de mon point de vue, combattre, résister et proposer.

Parallèlement, je souhaite que nous procédions à un inventaire des différents projets de création de zones d’activités logistiques en cours d’étude dans les différents secteurs régis ou non par un SCOT et favoriser les cohérences de territoires, éviter les convoitises en raison d’absence de réglementation et la concurrence qui en découle.

Je suis convaincu d’un énorme travail sur ces questions et je suis disponible, Président, avec votre accord et celui de l’assemblée pour, avec l’ensemble des collègues concernés et les services, l ‘engager et le mener à bien.