Moyen-Orient : le grand chambardement Décidément les effets du printemps arabe sont imprévisibles. En une semaine, la situation vient d’être bouleversée au Proche-Orient.D’abord par l’accord conclu entre le Hamas et le Fatah, mercredi dernier, sous la houlette des nouvelles autorités égyptiennes. Ensuite par la décision de ces dernières de rouvrir prochainement la frontière avec Gaza, mettant ainsi fin au blocus total du territoire, jugé « honteux ». Et ravivant bien sûr les inquiétudes israéliennes, face au risque terroriste. La réconciliation des frères ennemis palestiniens, totalement inattendue, prévoit de confier à un gouvernement de personnalités indépendantes, c’est-à-dire non liées aux deux principales organisations, le soin de préparer des élections législatives et présidentielle d’ici un an. Il était indispensable pour les Palestiniens de procéder ainsi, car toute entrée d’un membre du Hamas dans le nouveau gouvernement aurait entraîné une suspension des aides des Etats-Unis, comme de l’Europe, qui exigent, avant toute relation avec le mouvement islamiste, que celui-ci renonce à la violence et reconnaisse le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. On n’en est pas encore là. Le Hamas a semble-t-il accepté de perdre le pouvoir sur Gaza, au moins jusqu’aux élections. Ismaïl Haniyeh, le premier ministre de Gaza a annoncé ce week-end qu’il était prêt à démissionner. Le mouvement islamiste a en outre affirmé qu’il ne s’opposerait pas à la poursuite des négociations de paix avec Israël, les qualifiant toutefois de « stupidités ». On peut enfin s’attendre à une suspension des actions violentes, au moins pendant la période électorale. Mais pour l’instant, la reconnaissance d’Israël n’est pas au programme des islamistes. Et l’on reste donc encore assez loin de la solution au conflit historique entre Israël et ses voisins. Parce que rien ne prouve que le Hamas, qui reste largement sous influence de l’Iran, soit disposé à renoncer à la violence, et à accepter une solution pacifique. C’est l’argument qu’avance le gouvernement israélien, dont le Premier ministre Netanyahu a annoncé qu’il allait entamer une tournée des capitales, pour convaincre chacun de ne pas se laisser abuser, et tenter d’éviter une reconnaissance de l’Etat de Palestine cet automne à l’ONU. Le Premier ministre palestinien devra choisir, selon lui, entre « la paix avec le Hamas ou la paix avec Israël » ! On peut comprendre, certes, les inquiétudes et le scepticisme des Israéliens. Mais c’est aussi l’intransigeance de leur gouvernement dans les négociations de paix, son refus de mettre fin à la colonisation des territoires palestiniens, qui ont conduit l’autorité palestinienne sur la voie étroite qu’elle choisit aujourd’hui. Réconciliation ou pas, printemps arabe ou pas, la paix exige que tout le monde veuille la faire. Publié le lundi 02 mai 2011 à 07H07 Paris Normandie Par Michel Lépinay
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