de Mamadou Mika Lom Sud Quotidien
Réagissant contre la vie chère et la volonté du gouvernement de “nettoyer” les rues de Dakar en supprimant les commerces ambulants, les Sénégalais ont violemment manifesté leur colère.
Bagarres de rue entre policiers et marchands ambulants, marches des forces syndicales
casses de véhicules et de cantines, pneus incendiés, Intifada…
Le spectacle vécu le 22 novembre à Dakar renvoie aux souvenirs des années de braise – les années 1988-1989, pendant lesquelles, dans un élan parfois instantané, forces de l’opposition, syndicats, élèves et étudiants se sont coalisés pour exprimer leur ras-le-bol général face à la politique antisociale du défunt régime socialiste [le Parti socialiste est resté au pouvoir de 1960 à 2000].
La seule différence, c’est que ceux qui manifestaient hier dans les rues de la capitale et à l’intérieur du pays réagissaient contre les douleurs qui leur rongeaient le ventre à cause de l’absence de moyens de survie. En effet, le coût de la vie est devenu subitement intenable pour tout le monde, excepté pour les tenants du pouvoir et leurs alliés. Les prix des denrées de première nécessité ont flambé alors que les salaires n’ont pas connu de hausse conséquente. Pendant ce temps, le fisc continue de grever dangereusement les revenus des quelques salariés que compte le pays, de pauvres travailleurs qui supportent des dizaines d’autres personnes sans emploi pour lesquelles toutes les issues de secours sont fermées. Les portes de l’immigration en direction des pays d’Europe sont fermées à cause de la politique antiafricaine de certains chefs d’Etat ; l’Amérique ne veut plus de nos chômeurs, alors que l’Espagne et l’Italie, les deux seuls pays qui pouvaient avoir encore besoin de cette main-d’œuvre bon marché, restreignent leurs quotas d’accueil avec la complicité de nos dirigeants.
En désespoir de cause, il ne restait plus à ces milliers de jeunes gens que les artères de Dakar comme seul lieu de prédilection pour chercher par mille subterfuges des moyens de survivre. Mais, depuis le dernier Conseil des ministres, ces marchands ambulants n’ont plus le droit de squatter les artères de la capitale pour écouler leurs maigres marchandises. La décision de faire de Dakar une ville moderne n’est pas une mauvaise idée, mais cette mesure aurait dû être précédée de concertations pour une solution consensuelle – surtout en cette période d’avant la fête de la Tabaski du mouton, où tous les chefs de famille sont secoués par la forte pression des besoins de leurs familles.
Erreur tactique ou cafouillage stratégique de la part des autorités ? Peut-être les deux à la fois, mais une erreur qui fait quand même l’affaire de l’union sacrée des dix-huit centrales syndicales et du front unitaire, qui trouvent en ces milliers de jeunes marchands en colère des alliés sûrs. Tout comme d’ailleurs le Front Siggil “relever la tête” en wolof Sénégal (FSS), pour lequel le renchérissement du coût de la vie et le déguerpissement des marchands ambulants sont deux excellents chevaux de bataille pour rallier à leur cause le peuple qui souffre. Les autorités de l’alternance, aujourd’hui préoccupées par des querelles intestines, auront-elles la force nécessaire pour inverser cette tendance ? Seul l’avenir nous le dira.
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