l’intervention de Conseillers Généraux communistes qui sont à l’origine de cette initiative a posé bien des problèmes au Préfet auditionné.Seul le traitement du chômage fut l’objet de son propos, avec un langage formaté de la place Beauvau. Mais pour des perspectives d’industrialisation, de création d’emplois dignes de ce nom… silence, silence révélateur de l’incapacité de ce gouvernement à préparer l’avenir de notre jeunesse, du pays. Le fait que l’emploi dans notre département soit fortement adossé à de nombreuses activités liées aux ressources fossiles (qui deviendront rapidement des denrées rares), ne semble pas préoccuper les plus hautes autorités de l’Etat.
Emploi : débat avec le Préfet – Conseil Général lundi 15 mai 2006 Intervention générale Claude Collin Monsieur le Préfet, Monsieur le Président, chers collègues, Au nom de mes camarades du groupe des élus communistes et républicains je tiens à vous remercier, Monsieur le Préfet, d’avoir accepté de répondre favorablement à l’invitation de notre assemblée pour débattre de la situation de l’emploi, demande que notre groupe avait formulée dès la session du Conseil Général de décembre 2005 c’est-à-dire bien avant les évènements liés au CPE qui ont paradoxalement retardé cette rencontre. Paradoxe en effet car le CPE a été en quelque sorte le symbole de la précarisation généralisée de l’emploi qui se développe dans notre pays. Vous le savez, la situation de l’emploi est très préoccupante, malgré les chiffres officiels du chômage qui masquent la réalité : Seule la catégorie 1, celle des demandeurs d’emplois immédiatement disponibles à la recherche d’un CDI à plein temps est comptabilisée, ce qui ne représente que 57% des chômeurs qui sont en réalité 4,5 millions. Le chômage représente non pas 9% mais 15% de la population active et on radie aujourd’hui 34 000 chômeurs par mois ! En 2005, 1 000 licenciements économiques ont déjà eu lieu dans le seul département de la Seine Maritime et 1 600 à 1 900 nouveaux licenciements économiques sont envisagés pour 2006, notamment dans les secteurs du papier carton, au port de Dieppe, dans l’automobile, la chimie comme avec Grande Paroisse à Grand Quevilly et Oissel Notamment. Dans l’Eure, on estime également à près de 2 000 le nombre d’emplois menacés selon les annonces successives de fermetures d’entreprises industrielles depuis le début de l’année. Elles touchent l’ensemble du territoire et des secteurs d’activité. La seule réponse de l’Etat n’est que cette volonté de généralisation de la précarisation de l’emploi, avec notamment les emplois « Borloo », le CPE et le CNE, majoritairement contestés comme l’ont montré les puissantes manifestations récentes. Le retrait du CPE devant la forte mobilisation populaire de ces dernières semaines est une première victoire, et montre, au contraire de la politique de précarité actuellement menée, le besoin croissant, notamment chez les jeunes, non pas de devenir « fonctionnaires » comme le disent avec un certain mépris les tenants de la « libre entreprise », mais d’avoir une certaine sécurité de l’emploi, un avenir assuré. Non, la question de l’emploi ne se règle pas à coups de petits boulots. Car la cause première du chômage réside dans les politiques libérales menées aujourd’hui, celle prônée par le Medef et mise en œuvre par le gouvernement depuis des années. Car enfin que constate-t-on : les résultats financiers des entreprises cotées au C.A.C 40 explosent : les bénéfices ont augmenté de 50 % en moyenne en 3 ans, passant d’un total de 57 milliards en 2004 à 85 milliards. La palme revient à Danone dont les bénéfices ont augmenté de près de 226 %. Total annoncé 12 Milliards d’euros de bénéfices nets en hausse de 31 %, un chiffre inégalé (seulement 9 Milliards en 2004 !). Arcelor annonce un résultat net en 2005 de 3,8 Milliards d’euros en hausse de + 66 %, après une hausse record de 800 % en 2004, et après 6 000 suppressions d’emplois entre 2002 et 2004 ! De tels résultats sont bâtis sur un écrasement des salaires et de l’emploi. Autre exemple, France Télécom (bénéfice 5,7 Milliards soit + 90 %) en 2005, soigne ses actionnaires en décidant d’augmenter leur rémunération de 108 % alors que dans le même temps, l’entreprise privatisée, annonce la suppression de 17 000 postes cette année et octroie « 1 % » d’augmentation à ses contractuels en 2006 et 0,5 % à ses 80 000 fonctionnaires. Et pendant ce temps, que se passe-t-il du côté de l’emploi ? Celui-ci est toujours aux abonnés absents, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire avec des chiffres en trompe l’œil puisque « l’embellie » dont se félicité le gouvernement résulte pour l’essentiel de la montée en puissance des contrats aidés, contrats d’avenir, contrats d’accompagnement vers l’emploi, contrats d’initiative locale…, quasiment rien dans le secteur concurrentiel qui stagne. Par ailleurs, le nombre d’allocataires du RMI explose, après une hausse record de 9,2 % en 2004, le nombre d’allocataires a progressé de 4,7 % en 2005 pour atteindre un total de 1 million 112 000 bénéficiaires en métropole pendant que l’argent coule à flot pour des actionnaires rentiers qui attendent désormais des retours sur investissement à deux chiffres. Toujours plus, voilà leur mot d’ordre : pressurer les salaires, réduire les effectifs, délocaliser, précariser, privatiser … Alors oui, la bataille pour l’emploi nécessite de s’attaquer aux causes du mal et nécessite d’autres mesures que les petits boulots et notamment, la poursuite de la bataille contre le CNE, grand frère du CPE et des mesures audacieuses visant à la sécurisation des parcours professionnels. D’ailleurs au sujet de la lutte contre le CPE si son retrait est une victoire, il reste que des étudiants sont victimes de sanctions judiciaires disproportionnées et nous demandons leur amnistie, notamment pour les deux rouennais concernés. Pour leur part, sous l’égide de leurs associations départementales (ADECR 76 et 27) les élus communistes se sont rassemblés le 17 mars devant la préfecture de Rouen afin de faire part de leurs propositions en matière d’emploi qui ont été remises au représentant de l’Etat. Je me permets de les formuler à nouveau : AU PLAN LOCAL, nous demandons : – La réactivation du comité de pilotage stratégique du port de Dieppe dont on ne peut pas accepter le déclin, avec notamment la mise en œuvre d’une complémentarité nouvelle entre les ports normands pour rechercher les synergies plutôt que la mise en concurrence et avec le respect des engagements de l’Etat en matière d’infrastructures. Nous demandons également une table ronde sur la filière papier carton dont plusieurs sites sont gravement menacés dans la région : 154 suppressions d’emplois annoncées à l’usine OTOR de Saint Etienne du Rouvray, 107 à l’usine M-Real à Alizay, fermeture possible du site Smurfit-Kappa de Vernon… table ronde réunissant les dirigeants papetiers, les représentants des collectivités locales concernées et les représentants syndicaux et élus des salariés. Nous demandons plus généralement la suspension des plans de licenciements et la mise en place préalable de cellules de crise associant les salariés, les services de l’Etat et les élus, pour examiner les solutions alternatives, autres que celle de la baisse des coûts salariaux. – L’engagement de tous les pouvoirs publics, en cas de disparition d’activité, dans des opérations de redynamisation et de reconversion des sites touchés. et le remboursement par l’employeur de toutes les aides publiques dont il a pu bénéficier en cas de refus d’engagement des discussions. Pour la région Havraise, nous demandons une table ronde pour répondre aux incertitudes qui demeurent dans l’automobile et qui touchent déjà les salariés en terme de chômage technique, sans parler de leur impact sur l’intérim et les sous-traitants. Nous avons entendu parler de l’annonce d’une aide de l’Etat pour ce secteur d’activité. Financera-t-on notamment Renault qui laisse entendre que ses nouveaux modèles haut de gamme seront construits en Corée !!!, concurrençant directement le site de Sandouville ? De même, des rumeurs circulent sur d’éventuelles remises en question d’investissements prévus par les grands groupes pétroliers dans les raffineries normandes. Nous exprimons notre indignation et celles des salariés concernés auprès du Gouvernement, quant à la privatisation des services liés à Port 2 000 et qui concernent, après les personnels du port, les grutiers et portiqueurs, les remorqueurs, la desserte ferroviaire qui ne serait plus confiée à la SNCF ? Enfin, concernant la réparation navale, après la fermeture de la Soreni, nous pensons qu’il est impensable qu’un port comme le Havre ne possède plus d’outils de réparation. Nous demandons le maintien de ces outils, notamment la forme 7 et le dock flottant, et proposons qu’ils puissent servir notamment pour des activités de désamiantage des navires, notamment celui du Clémenceau dont on a beaucoup parlé et dont personne ne veut à l’étranger ! Ce serait un chantier et un marché énorme, avec 3 à 400 emplois en jeu. AU PLAN REGIONAL, les élus communistes et républicains demandent que la Région prenne l’initiative de créer un Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation afin d’encourager les entreprises concernées à sécuriser les emplois et les formations en se modernisant, au lieu de délocaliser. Ces FREF (Fonds Régionaux pour l’Emploi et la Formation) seraient un outil financier immédiat décentralisé. Ils constitueraient une base pour créer, dans le cadre d’une politique de gauche vraiment alternative, un Fonds National pour l’Emploi et la Formation (FNEF). Alimentés par les budgets des conseils régionaux, ils prendraient en charge, par bonification, une partie des intérêts des emprunts des entreprises pour leurs investissements : plus celles-ci programmeraient d’emplois et de formations, plus la bonification d’intérêt serait élevée. La gauche détient 20 Régions sur 22 : il y a là de quoi « amorcer la pompe » et montrer une autre posture politique que la droite au pouvoir central actuellement. Voilà Monsieur le Préfet ce que nous vous demandons au plan départemental et régional AU PLAN NATIONAL, les députés communistes ont déposé une proposition de loi tendant à favoriser l’emploi des jeunes, par l’instauration d’une négociation obligatoire avec les syndicats et élus de salariés dans les entreprises de plus de 10 salariés afin qu’elles se dotent d’un plan de gestion prévisionnelle des départs en retraite contre embauches en CDI. Avec l’effet du « Papy Boom » on sait en effet que 600 000 départs en retraite sont attendus par an jusqu’en 2015. En Haute-Normandie, par exemple, 5 500 emplois seront concernés dans la chimie par le renouvellement des générations, 15 à 20 000 métallurgistes devraient faire valoir leur droit à la retraite dans les 3 ans, dans le BTP la moitié des entrepreneurs et le quart des ouvriers qualifiés partiront aussi en retraite d’ici 10 ans. Dans la santé, 4 000 professionnels partiront avant 2010. Les emplois qualifiés sont donc nécessaires dans un proche avenir. Encore faut-il s’y préparer et s’y former, d’où l’utilité des Fonds Régionaux proposés en coordination avec le fonds National pour l’emploi et la formation. De concert avec la création d’un pôle public financier constitué autour de la Caisse des Dépôts et Consignations et des banques nationalisées et mutualisées, les Fonds pour l’Emploi et la Formation contribueraient à mobiliser tous les financements, notamment les profits et le crédit à côté des fonds publics, dans un but de sécurité de l’emploi et de la formation, à tous les moments de la vie de chacune et chacun. Dans un premier temps ils pourraient être alimentés notamment par la reconversion du fond national des exonérations de charges actuel (20 Milliards d’euros). Dans notre esprit, pour libérer les moyens financiers de la domination des marchés financiers, afin de financer de nouvelles conquêtes sociales, 3 possibilités existent, indissociables : – les fonds publics (d’Etat et des collectivités), certes, mais aussi – le crédit, les banques, dont il faut réorienter l’activité, et – les entreprises et leurs profits créés par les salariés, profits qu’il faut mettre davantage à contribution. Un nouveau système de sécurité emploi formation serait ainsi possible, une sorte de « sécurité sociale professionnelle », comme l’a été en 1945 la création par le ministre communiste Ambroise CROIZAT de la sécurité sociale maladie et vieillesse. Il s’agirait d’une rotation tout au long de la vie active entre emploi, salaire, formation et/ou recherche – création, pour accéder à un nouvel emploi motivant avec un revenu et des droits garantis. Cela constituerait sans doute la voie originale dont le pays a besoin pour relever le défi des mutations de l’emploi dans la sécurité, et ainsi éradiquer progressivement le chômage. Pour y parvenir, il est donc urgent, à côté du financement public et d’une réforme fiscale impliquant d’avantage les entreprises, de réorienter le crédit et les banques pour qu’ils participent aux financements de cette réorganisation complète du monde du travail. AU PLAN EUROPEEN, ceci constituerait une force considérable, en partenariat avec les luttes et les propositions émanant d’autre pays de l’Union, pour obliger à une réorientation de la Banque Centrale Européenne. Cette dernière devrait favoriser, par une politique sélective de taux d’intérêt, les crédits pour les investissements les plus créateurs d’emplois et de formations. Autant de conditions favorables à l’émergence d’un nouveau type de croissance sociale, solidaire, citoyenne, et durable. Cela implique une véritable responsabilité sociale, économique, territoriale et environnementale des entreprises, avec des droits et pouvoirs nouveaux d’intervention de salariés, des populations, des consommateurs et des élus. Nous vous demandons également de transmettre ces mesures d’ordre général aux plus hautes instances de l’Etat. Nous réitérons également la demande qu’ont faite nos collègues communistes de la Région Haute Normandie, de la tenue d’assises régionales pour l’emploi et la formation ouvertes à l’ensemble des acteurs sociaux, économiques et politiques, aux organisations de jeunes, aux syndicats et au mouvement associatif.
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