En présentant les résultats 2009, ?la nouvelle direction prétend réconcilier actionnaires ?et salariés. ?Mais les uns touchent le gros lot, les autres ont perdu ?20?000 emplois depuis 2000. « Il nous faut maintenant réconcilier performance économique et ambition sociale tout en préservant notre leadership en matière d’innovation », a déclaré, hier, le nouveau directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde. C’est là en effet toute la contradiction qui secoue l’entreprise depuis des années. À la fin des années quatre-vingt-dix, pour payer la facture de l’énorme dette contractée à la suite de rachats massifs de concurrents en Europe, le groupe a procédé à une restructuration sociale drastique. Plus de 20?000 emplois ont été supprimés depuis 2005, dans un groupe qui compte 167?148 salariés, dont 102?000 en France. Cette restructuration s’est accompagnée d’une transformation des critères de gestion de l’entreprise, le souci de faire du cash devenant l’impératif absolu au détriment des investissements opérationnels et également de l’emploi, des conditions de travail, des besoins de formation induits par les nouvelles technologies. La trentaine de suicides de salariés en l’espace de deux ans a ainsi révélé une véritable souffrance sociale, pourtant dénoncée par les syndicats et les représentants du personnel. La déclaration de Stéphane Richard témoigne cependant que la direction du groupe, tout comme le gouvernement, qui vient de placer plusieurs de ses proches au sein de la nouvelle direction, ne peut ignorer cet impératif social. Stéphane Richard a ainsi assuré que l’effectif du groupe ne baissera pas en 2010, et que l’opérateur devra « même embaucher demain », lors d’une interview sur le site Internet du magazine Challenges. Hier, également, la fédération CGT des télécoms a demandé que des moyens financiers soient « dégagés pour investir dans un projet industriel ambitieux, créer les milliers d’emplois nécessaires à ce projet industriel et à l’amélioration des conditions de vie et de travail, augmenter la rémunération de l’ensemble du personnel ». La CGT propose que, dès 2010, 3 milliards d’euros soient affectés à ces objectifs. Pour sa part, la CGC dénonce le versement d’un dividende de 3 milliards, supérieur au bénéfice 2009, qui est de 2,9 milliards. Mercredi, le conseil d’administration du groupe a, à la fois, nommé Stéphane Richard et décidé que Didier Lombard garderait la présidence du groupe jusqu’en 2011. Parmi les 15 personnes qui entoureront le nouveau DG, trois sont de nouvelles venues. Il s’agit de Pierre Louette, PDG de l’AFP, ancien du cabinet d’Édouard Balladur, de Christine Albanel, ancienne ministre de la Culture, et de Bruno Mettling, de la Banque populaire, qui doit remplacer, d’ici à la fin de l’année, l’actuel DRH, Olivier Berberot. Pierre Ivorra économiste.
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