C’est la fin d’un long conflit juridico-politico-financier qui a vu s’affronter Bernard Tapie face au Crédit lyonnais. La fin d’un feuilleton à rebondissements qui, si on devait l’inventer, ressemblerait à une fiction d’été sur TF1 que l’on regarde en mal de plage. À la différence majeure que le contribuable met la main au porte-monnaie. 285 millions, pour être exact. Le pourvoi en cassation du ministère de l’Économie à l’encontre de l’indemnisation record envers l’ex-politicien ne devrait pas finalement avoir lieu. C’est la décision qui devrait selon toutes probabilité ressortir d’une réunion de l’Établissement public de financement et de restructuration (EPFR) et du Consortium de réalisation (CDR), organisme public chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais, sous tutelle du ministère de l’Économie. La CDR devra donc payer la coquette somme à Bernard Tapie.

Petit résumé des faits. Le 7 juillet dernier un tribunal arbitral a condamné le CDR à verser 285 millions aux liquidateurs judiciaires du groupe Tapie : 240 millions au titre du manque à gagner et 45 millions au titre de préjudice moral. Le Crédit lyonnais est coupable d’avoir commis de lourdes fautes vis-à-vis de son client, Bernard Tapie au moment de la vente d’Adidas, propriété du groupe Tapie. La banque n’a pas tenu compte du mandat de son client en cherchant à négocier la vente, non pas à 2,085 milliards de francs, mais à 4,4 milliards de francs. Elle s’était aussi lancée dans une campagne très médiatisée de dénigrement du couple Tapie. Mais dénigrement ou pas, manque à gagner ou pas, l’affaire financière ne deviendrait-elle pas une affaire politique ? On peut se le demander au regard du montant exceptionnel accordé à Bernard Tapie à l’issue d’un arbitrage opaque décidé par les hautes instances de l’État. Et la décision de Bernard Tapie, alors au PRG, de soutenir le candidat Sarkozy en 2007, de prendre un sens nouveau. Le sens des affaires ? Non, le sens de l’appât du gain.

Mathilde Hamet pour le journal l'HUMANITE