La publicité gouvernementale continue à le marteler chaque jour mais on mesure aujourd’hui l’ampleur de la supercherie, de la duperie, puisque désormais toutes les dispositions prises, on dit bien toutes, sur le temps de travail, ont pour effet de gommer progressivement la notion même d’heures supplémentaires et de vider de tout contenu la notion de durée légale du travail. Extension des forfaits d’heures et de jours travaillés, accords d’entreprises, voire accords « de gré à gré » entre le salarié et l’employeur, comme si les contractants étaient sur le même pied. Chez Goodyear, à Amiens, c’est en passant un accord avec un seul syndicat que la direction veut passer en force pour imposer le travail en quatre fois huit à des salariés qui, eux, n’en veulent pas. Chantage aux licenciements à l’appui, bien entendu. Une méthode dont on devine qu’elle va être appelée à faire des petits. Une pression intolérable va désormais peser sur les salariés les plus fragiles, les moins organisés. Dans les grandes entreprises la menace des délocalisations et des suppressions d’emplois va devenir une arme lourde pour exploser littéralement le temps de travail. On sait que la Commission européenne, de son côté et grâce à un revirement de la France qui jusqu’alors s’y opposait, a repoussé l’horaire hebdomadaire maximum bien au-delà de 48 heures.

L’ampleur de ce qui se passe aujourd’hui en France, à marche forcée, avec une majorité qui, quoi qu’elle en dise, marche au pas dicté par le chef de l’État et son gouvernement, suscite certes l’indignation et appelle la dénonciation d’une politique qui entend soumettre la vie de la nation et le travail à la seule logique du capital.

Mais au-delà des débats internes, des approches différentes, il faut de la construction. Et là, quoi qu’en dise Nicolas Sarkozy en fanfaronnant, le pays s’en apercevrait.
Extrait de l'Edito de l'Humanité de Maurice Ulrich.(le 9 juillet 2008)